mardi 29 mai 2007
Femmes Maliennes : Les dindons de la «farce» démocratique Malienne
De tous les droits humains, c’est probablement par rapport aux droits de la femme que le Mali a fait le moins de progrès ces cinq dernières années. Certes, en septembre 2004, le Mali a ratifié le « Protocole additif à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes» et des progrès sensibles ont été enregistrés dans la scolarisation des filles, mais les femmes et les filles continuent de souffrir de surexploitation (main d’œuvre à bon marché ou même gratuite pour les travaux champêtres ou ménagers, trafic obscène, etc.) et parfois de violences physiques (excision, coups et blessures volontaires, etc.).
Les acquis juridiques sont relativement faibles et, depuis 2002, la situation stagne quant à l’adoption du nouveau Code de la famille 188. Ce nouveau Code de la famille qui devrait libérer quelque peu les femmes maliennes de plusieurs carcans à la fois est aujourd’hui un enjeu pour lequel elles se battent. En attendant son adoption, certaines statistiques disponibles indiquent que la scolarisation des filles progresse, conformément aux objectifs du programme décennal de l’éducation (PRODEC), mais plus on monte vers le niveau supérieur de l’enseignement, plus l’écart se creuse entre filles et garçons en faveur de ces derniers. Certaines professions se féminisent de plus en plus dans l’informel et les métiers traditionnels, 1/4 des magistrats et 1/10 des notaires sont des femmes. Toutefois, depuis l’indépendance, une seule femme est devenue gouverneur (District de Bamako, 1992) et une seule Préfet (2003). Il n’existe aucune femme propriétaire de pâturage dans le monde rural et « l’égalité de chance prescrite dans les textes de la fonction publique reste encore d’application timide. » En effet, « il ressort du tableau ci-dessous, que la quasi-totalité des fonctionnaires de la catégorie A sont des hommes (90,1 %). Le niveau de représentation des femmes dans les différentes catégories diminue lorsque le niveau de la catégorie est plus élevé... L’emploi dans la fonction publique est l’apanage des hommes dans la mesure où plus des trois quarts des fonctionnaires sont des hommes (plus précisément 78,8 %).
La plupart des femmes employées par la fonction publique appartiennent à la catégorie intermédiaire B2 (41,8 %). Seuls 9,9 % des femmes employées par la fonction publique relèvent de la catégorie A. »
Par ailleurs, l’écart de rémunération entre hommes et femmes est de 20 % au moins. Les statistiques du Centre des formalités des entreprises (CFE) montrent que entre 1996 et 2002, sur les 5520 créations d’entreprises, 618 seulement ont été créées par des femmes, soit 11,20 %. En revanche, « elles sont légions dans l’informel (70 %) et les métiers traditionnels, notamment l’artisanat. Elles bénéficient d’un faible accès aux services publics en général et ignorent presque totalement leurs droits. Dans le secteur rural, elles jouent un rôle incomparable et contribuent pour 75 à 80 % dans l’agriculture. » ]93 Plus de 80 % des entreprises de femmes concernent le commerce général.
Le gouvernement du Mali mène des actions notables en matière de renforcement des capacités des femmes et d’amélioration de l’accès à l’information et à la formation, notamment à travers des séminaires gouvernementaux d’assimilation de l’approche genre et d’intégration de cette approche dans les projets et programmes de développement. Mais c’est surtout grâce à la détermination des femmes elles-mêmes et des efforts soutenus de leurs organisations que, depuis une quinzaine d’années, leur ascension est remarquable sur la scène politique, économique, sociale, culturelle et démocratique. En effet, dès 1991, une coordination d’associations et ONG féminines (CAFO) qui regroupe des dizaines, voire des centaines d’organisations de femmes, a été mise en place. Elle se positionne de plus en plus comme la principale, en tout cas l’incontournable sentinelle de la cause des femmes.
En 1999, année de mise en œuvre de la politique de décentralisation, ayant perçu les différentes élections communales, législatives et présidentielles comme des opportunités pour influencer favorablement l’équité du genre et opérer un changement profond dans la gestion des affaires publiques locales, les femmes ont tenté une incursion massive en politique. Au cours de ces engagements politiques, certaines ont démontré leur habilité à participer au même titre que les hommes aussi bien aux débats qu’aux élections proprement dites. D’autres ont renforcé leurs capacités intrinsèques et ont, parfois, renégocié leurs positions sur les listes électorales, de manière à se donner une chance d’être élues. Quelques unes ont conquis de haute lutte leurs sièges de députées, de maires ou de conseillères communales.
D’autres encore ont mérité leurs portefeuilles ministériels. Au final, même si elles ne sont aujourd’hui que 4 Ministres sur 27 au gouvernement, 15 sur 147 députés à l’Assemblée Nationale et 437 sur 10540 conseillers communaux, leur présence dans les institutions de la République est susceptible de favoriser la prise en charge et la résolution de certains de leurs problèmes au triple niveau local, régional et national. Et, si globalement elles n’ont pas encore atteint les objectifs visés, il semble, au regard des dernières élections communales de 2004, que « la participation des femmes à la vie publique commence à prendre un essor au niveau local et que, sous réserve d’un accompagnement adéquat, le milieu rural serait curieusement plus favorable que le milieu urbain.
Mais, à l’évidence « le potentiel dont disposent les femmes n’a jusqu’à ce jour pas eu d’incidence proportionnelle sur leur statut politique. Elles sont encore marginalisées dans la vie publique alors que leur poids démographique - près de 52 % de la population - est imposant. Elles se heurtent toujours aux préjugés culturels, à un environnement économique particulièrement difficile, à la pression sociale et à la violence. 198 Elles souffrent de précarité politique, économique, sociale, juridique et judiciaire. Éternels féminins, elles doivent poursuivre avec acharnement un éternel combat pour faire aboutir leur projet d’émancipation. Dans un pays où 95 % des femmes en milieu rural et 66 % en milieu urbain sont analphabètes, la voie royale pou y parvenir est sans doute le développement de l’éducation des filles, la promotion du savoir, du savoir être et du savoir-faire.
Par Zéïni Moulaye (Gouvernance démocratique de la sécurité au Mali). Le surtitre et le titre sont de la rédaction
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