mercredi 11 avril 2007
Ces maux contre lesquels ATT n'a pas sévi : népotisme, clientélisme, pauvreté, corruption, impunité
Grande fut la joie des Maliens quand ils apprirent que Amadou Toumani Touré (ATT), le héros du 26 mars, allait solliciter leurs voix pour conquérir de nouveau le pouvoir. Cette fois-ci par la voie démocratique. Le retour du tombeur de Moussa Traoré fut alors salué en son temps par une forte majorité de maliens, lassés par l’éternelle querelle de clochers des hommes politiques de l’époque. Aussi, la gestion clanique du pouvoir ADEMA inquiétait plus d’un. Elu en 1992 avec la bénédiction de tous les démocrates convaincus, ATT a plus que déçu durant ces 5 dernières années, tant sa gestion du pouvoir est des plus catastrophiques.
Il serait fastidieux d’égrener le long chapelet de maux perceptibles sous l’ère ATT : népotisme, clientélisme, affairisme, corruption, pauvreté, gestion familiale et patrimoniale du pouvoir, clanisme, régionalisme… Jamais un pouvoir ne s’est montré incapable de lutter efficacement contre toutes ces dérives. Aucun pan de la société malienne n’a été épargné par la gangrène, due à un pilotage à vue, à une gestion laxiste des affaires de l’Etat.
Du responsable douanier, qui continue de s’enrichir insolemment, au juge, qui circule dans une voiture de 40 millions de FCFA, en passant par le petit policier du coin, qui rançonne quotidiennement les usagers de la route, tout le monde pioche à volonté dans les caisses de l’Etat, de surcroît avec les deux mains. Cela au vu et au su de tout le monde. Ne parlons pas des cadres de l’Etat, ces hauts fonctionnaires dont les salaires ne dépassent guère les 200 000 FCFA ; mais qui dorment dans des villas cossues de 100 millions de FCFA.
Des bandes de voleurs qui pillent impunément les ressources de l’Etat. C’est pour davantage narguer le peuple que l’on nous parle du Bureau du Vérificateur, une structure budgétivore aux ordres.
Et ce népotisme rampant qui fait du dernier de la classe, le premier de la promotion. C’est sous ATT qu’on a vu des Ministres de la République qui peinent même à s’exprimer en Français. Lors d’un séminaire, un confrère s’est amusé à faire le décompte des fautes commises par un ministre ATT. Une catastrophe ! « Bon courage à vos travaux », avait-il dit en quittant la salle.
Et cette pauvreté qui se généralise, tandis qu’une minorité d’individus savoure dans des voitures et maisons de luxe les privilèges du pouvoir en place. Pour ces gens tout est rose. Quand on vit dans cette classe-là, en hivers comme en été la température ne varie pas; à la maison, dans la voiture comme au bureau ça neige nuit et jour. On prend, ici, l’apéritif avant le repas accompagné de bon vin et le tout arrosé de champagne. Leurs poubelles sont alors pleines de victuailles.
A l’inverse, la majorité trime, en quête de pitance pour la survie. Ceux-là, contrairement aux autres, ont à peine un repas par jour. Dans cette même classe, il y a les femmes et les jeunes filles, qui, pour la survie sont obligées de vendre leur corps à des hommes qui vivent de corruption. Ce n’est pas pour rien que les filles à la moto Djakarta sont si nombreuses en ville. Ce sont des hommes qui ont l’âge de leurs pères qui les ont offertes contre une passe dans une chambre close.
C’est dans ce Mali bipolarisé, où régnant en maître incontesté et incontestable ATT, suivi par un groupuscule d’hommes politiques qui ne cessent d’emberlificoter le peuple, d’amuser la galerie, de faire la pluie et le beau temps.
Le Président Amadou Toumani Touré est pour certains hommes politiques de notre pays, ce qu’est la canne pour l’aveugle : C’est leur lumière, leur Dieu qui les guide dans un monde de ténèbres. C’est leur fils bien-aimé, le guide bien éclairé, le leader incontesté. Que sais-je encore ?
Igré Tolo
N°36 du Mardi 10 avril 2007
Les coulisses de la campagne
Le garde du corps du ministre Mbodj Sène habillé en ATT
L’armée malienne est plus que politisée, en témoigne la chemise aux couleurs du Président ATT que portait sans gène le garde du corps du Ministre de la Promotion de la femme, de la famille et de l’Enfant, Mbodj Sène. Incroyable ! La seule tâche à lui confiée est de veiller sur Mme la Ministre et non battre campagne pour elle. Décidément, le comportement de Man, ancien responsable de la Sécurité d’Etat et autres chefs militaires qui battent campagne pour ATT en violation flagrante des lois de la République, a fait des émules.
Ils sont venus faire acte de présence
Pour faire croire au Président sortant qu’ils sont avec lui, plusieurs grosses poitrines du pays ont défilé en rang serré dans les travées du CICB. Des directeurs généraux de la BIM-SA, de la BNDA en passant par le recteur de l’Université du Mali, le DG du PMU-Mali, le Président de la CCIM, de l’APCAM, du CREE, de la Sotelma…ils étaient tous là. N’oublions pas Soumaïla Cissé, le Président de la Commission de l’UEMOA, Lassana Traoré, ancien Ministre des Affaires Etrangères, Choguel Maïga, Me Tall (les deux caniches du Président). Que dire de ces prétendus associations ou groupes de soutien à ATT.
Un meeting piloté à vue
Comme m’a soufflé un confrère, ce premier meeting de ATT est à l’image de son régime. Organisée de façon approximative, dans un désordre absolu, la sortie de ATT fut un raté sur le plan organisationnel. Non respect du timing, cafouillage montre entre les organisateurs, explications fleuves du candidats sur son programme, tout y a passé, non sans que Sy Souleymane Sy ne distrait l’assistance.
Le Président sortant et son staff feront mieux de revoir leur plan. Rien de professionnel !
Le Premier ministre est-il neutre ?
Les confrères journalistes sont tombés des nus en voyant Ousmane Issoufi Maïga, alias « Pinochet » au meeting de lancement du candidat ATT.
Prônant la neutralité de son gouvernement, qui organise le scrutin, lors de sa dernière conférence de presse, le PM avait juré, la main sur le cœur, qu’il ne battra campagne pour aucun des candidats. Les faits montrent le contraire. Pinochet est bel et bien au côté de ATT, tout comme de nombreux Ministres, même ceux qu’on pensait issues de la société civile. Aux électeurs Maliens de méditer sur cette attitude blâmable d’un chef du gouvernement, censé organisé en toute transparence une élection générale.
IBK privé d’électricité
La société Energie du Mali a joué un sal tour à IBK et ses partisans, réunis au Palais de la Culture. L’événement qui n’était pas, selon le candidait IBK, un meeting de lancement a réuni plusieurs notables, réligieux du District de Bamako. Quel ne fut le constat de l’assistance de voir une coupure d’électricité de plus de deux heures d’horloge. Est-ce un coup prémédité ou un simple délestage ? Difficile de savoir quand on sait que tous les coups sont permis. Certains se permettront d’en donner sous la ceinture.
Outre ce fait, plusieurs Sotrama qui convoyaient des militants RPM vers le Palais de la Culture furent immobilisés par des policiers.
Tiébilé Dramé à Nioro du Sahel
Le natif de Nioro du Sahel, en rupture de banc depuis un certain moment avec ATT, a procédé dimanche au lancement de sa campagne électorale. Selon une source proche du candidat, de nombreux notables norois, notamment des grandes familles maraboutiques, ont pris part à la cérémonie. Selon Moussa Balla Diakité, Directeur adjoint à la campagne du candidat, Tiébilé Dramé, après la ville de Nioro silonnera toute la localité avant de regagner Bamako. Il repartira ensuite à Kayes.
Selon Baguiba Bâh, que nous avons joint au téléphone depuis Troukounbé, les plus grandes familles influantes de Nioro du Sahel ont assisté au meeting, et n’ont pas manqué de d’apporter leur soutien à Tiébilé Dramé. Il nous a indiqué aussi que les Partis membres du FDR et aussi de l’ADEMA PASJ ont assisté au meeting. M. Bâh a également fait savoir que la jeunesse de Nioro du Sahel a pris l’engagement de voter à 100% pour M. Dramé. «Il ya eu une remise en cause à Nioro. Les données ont changé», a-t-il soutenu.
Le mépris de l’ADP par le candidat ATT
Les Partis membres de l’ADP n’ont qu’à se tenir prêt : ATT les méprise. A preuve : dimanche au centre International de Conférence de Bamako, aucune pancarte, affiche de l’ADP n’était visible. Et pourtant, c’est cette alliance de Partis politiques qui a apporté son soutien au candidat ATT. Ignoré tout au long de la cérémonie, le Président de l’ADP Dioncounda Traoré n’a même pas placé un mot. Pourquoi ? l’occasion ne lui a pas été donner. Comme quoi, ATT est seul maïtre à bord. Et il fait ce qu’il veut.
Le Public N°36 du 10 avril 2007
1er tour de la Présidentielle du 29 avril : La chasse aux électeurs
La course au fauteuil présidentiel a commencé dimanche à minuit, début de l’ouverture officielle de la campagne. En lice, huit candidats dont le Président sortant Amadou Toumani Touré et son principal challenger Ibrahim Boubacar Kéïta du Rassemblement pour le Mali (RPM). Quelque 6.884.524 Maliens sont appelés à départager les candidats. L’ouverture de la grande chasse aux électeurs a été marquée dimanche par deux meetings géants organisés respectivement au Centre International de Conférence de Bamako (CICB) par ATT et au Palais de la Culture par son rival Ibrahim Boubacar Kéïta.
Au CICB où s’étaient donné rendez-vous de nombreux militants défendant sa cause, le président sortant, Amadou Toumani Touré , a mis les petits plats dans les grands. Comme un professeur d’université, il a présenté, sur écran géant, à l’auditoire son « Projet pour le développement économique et social (PDES) », qui se décline en neuf priorités. Il s’agit notamment de « démocratie et gouvernance : le renouveau de l’action publique » ; « Une plus forte croissance économique : 7% au moins par an » ; « développement du secteur privé : le pari des PME » ; « Pari sur le sur les ressources humaines » ; « Le défi de l’emploi des jeunes » ; « Les femmes au cœur du développement » ; « Soutien aux initiatives culturelles et au sport » ; « Participation des Maliens de l’Extérieur au développement du pays » ; « Diplomatie ». « Mon premier mandant a été ponctué par des efforts considérables et tangibles dans tous les secteurs, malgré un contexte sous-régional et international difficile, et de nombreuses contraintes internes. Comme il est indiqué dans le PDES, avec la confiance des Maliennes et des Maliens, mon second mandat intensifiera et élargira ces acquis. Ma seule ambition était et demeure une ambition pour le Mali… », a dit le candidat. Pour lui, son ambition est continuer à écrire avec les Maliens une nouvelle page de l’histoire politique de notre pays en réalisant l’objectif fondamental de son engagement constant, c’est-à-dire assurer le bien-être de le bien être de tous. Par ailleurs, le candidat ATT n’a pas manqué de lancer des piques à ces opposants qui, malgré tout continuent de siéger au gouvernement. A l’inverse de ATT, IBK n’a pas manqué d’indiquer que «le Mali va mal» et qu’il faudrait que ça change. Le leader du RPM a invité les Maliens à voter pour lui. Ibrahim Guindo